“Rolled in flour by Joveneau” & original French text

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[This is a Google translation. Scroll down for original French text]

LeDevoir

March 29, 2018
Odile Tremblay

Chronicles

The other day, I reviewed Pierre Perrault’s film The taste of flour, made in 1977. On the NFB website, just a click away, this documentary is set on the Lower North Shore, at the Innu communities of Unamen Shipu (La Romaine) and Pakuashipi (Saint-Augustin) and their hunting grounds in the tundra hinterland.

The taste of flour and the land of the land without trees give the floor to Father Alexis Joveneau. However, for a week, Le Journal de Montreal has published investigative texts on the depraved morals of this Oblate father of Belgian origin. Already in November 2017, during the National Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls, members of the community told how, between 1953 and 1992, he raped a large part of his flock, often in the confessional or presbytery, women and children first. Under the heap of evidence, the Oblates had apologized. Prosecution would now be considered.

Many people think that a man’s monstrosity is on his face, but do you think? Too simple also to reduce it to his crimes. The chiefs of sects, to manipulate their troops, mingle, like him, sweet words, support, abuse, and Homeric anger.

Through the taste of flour, Alexis Joveneau shows his beautiful profile woven of energy and love for the Innu, launches his laugh, without saying a word of his shenanigans. We hear him say: “I have always slept in funny sheets. “About the strange resonance today …

Perrault and René Bonnière had already filmed the Oblate father in the early 1950s for the series Au pays de Neufve-France (in Ka Ke Ki Ku and Attiuk). The filmmaker of Pour la suite du monde loved strong masculine figures, stuck to his mythology of the territory. This one will have especially rolled it in the flour, since flour there was.

A screed weighed. Joveneau reigned over a population cut off from the world and its roots, nomadic hunters suddenly sedentary, initially unilingual Innu, converted to Catholicism and very pious, in impotent silence. To the whites, Joveneau gave the change very well.

Memory break

I knew Father Joveneau a little. All those who made contact with these remote communities, with no roads leading to it, not far from Labrador, passed by its turntable. He was a living myth, taken there for a god, the linguistic interpreter that many whites needed. Before being a journalist, I worked during the 1980s at the Attikamek-Montagnais Council, hence my incursions into the territory.

The Oblate father defended the cause of his parishioners with the state, while oppressing them. He had written and published grammar, Innu-French dictionary and various publications that he showed us to Unamen Shipu. If the monsters were all of a piece, everyone would flee from them immediately. This one had a strong personality, a patter, an energy, a charisma of hell. Perrault’s films help to better understand the complex contours of beings in abuse of power.

When people from Pakuashipi came in November to the commission of inquiry on indigenous women to tell the story of the calvary undergone during her reign, it took my breath away from my TV. Memories were resurfacing.

I saw him at the parsonage rehearsing his sermon on the theme “Woe to him by whom the scandal comes! Grasping that the object of the scandal was Father Joveneau himself. And his past cynicism made me cold in the back.

I remembered “the mass of drowning alcohol” to which he had invited me to his church. Unamen Shipu was a dry village, with no sale of “cursed drink”. The office commemorated the death of Innu motorboat boats buy their bottles at Kegaska, the neighboring village; drunk on the spot, drowned in return. This fur-lined temple, where women with hats and costumes chanted – under imprecations in Innu with a strong Belgian accent of the missionary – struck the spirit as in a sound and light show. Powder to the eyes!

At the JdeM, his niece, whom he would have abused, revealed the alcoholism of the priest who put on a bottle of gin a day. How dare he make morals to others without setting an example? I told myself, scandalized, in retrospect. This was not an abuse. His advances made me laugh from a priest. I should have turned on. The horror of having been fooled must be shared by many people, above all the Innu under his thumb, with broken innocence.

And how can I take it from my head that, if the European Oblates, rather than offering a prestigious post to a man of his stature, have once sent him (like others to the Great North) “in the heights of Canada “to a defenseless population, it was to better cover his impulses in defiance of future victims?

Tuesday night, I went to the Espace libre to see Philippe Ducros’ play, Cartography of the territory, fruit of his encounters and strolls among the First Nations if abused. On stage, Innu Kathia Rock said, “We have monsters for neighbors. We love them. They are us. But I want some tomorrow.

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Roulés dans la farine par Joveneau

Le Devoir

Chronique

L’autre jour, j’ai revu le film de Pierre Perrault Le goût de la farine, réalisé en 1977. Sur le site de l’ONF, à portée de clic, ce documentaire a pour cadre la Basse-Côte-Nord, chez les communautés innues d’Unamen Shipu (La Romaine) et de Pakuashipi (Saint-Augustin) et sur leur territoire de chasse dans l’arrière-pays de toundra.

Le goût de la farine et Le pays de la terre sans arbres donnent la parole au père Alexis Joveneau. Or, depuis une semaine, Le Journal de Montréal publie des textes d’enquête fouillés sur les moeurs dépravées de ce père oblat d’origine belge. Déjà, en novembre 2017, pendant les audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, des membres de la communauté avaient raconté comment, entre 1953 et 1992, il aurait violé une grande partie de ses ouailles, souvent au confessionnal ou au presbytère, les femmes et les enfants d’abord. Sous l’amas des preuves, les Oblats s’étaient excusés. Des poursuites seraient maintenant envisagées.

Bien des gens pensent que la monstruosité d’un homme se lit sur son visage, mais pensez-vous ? Trop simple aussi de le réduire à ses crimes. Les chefs de sectes, pour manipuler leurs troupes, mêlent comme lui douces paroles, appuis, abus et colères homériques.

À travers Le goût de la farine, Alexis Joveneau montre son beau profil tissé d’énergie et d’amour envers les Innus, lance son grand rire, sans piper mot de ses manigances. On l’entend dire : « J’ai toujours couché dans de drôles de draps. » Propos à l’étrange résonance aujourd’hui…

Perrault et René Bonnière avaient déjà filmé le père oblat au début des années 1950 pour la série Au pays de Neufve-France (dans Ka Ke Ki Ku et Attiuk). Le cinéaste de Pour la suite du monde aimait les figures masculines fortes, collées à sa mythologie du territoire. Celle-là l’aura surtout roulé dans la farine, puisque farine il y eut.

Une chape pesait. Joveneau régnait sur une population coupée du monde et de ses racines, chasseurs nomades soudain sédentarisés, au départ unilingues innu, convertis au catholicisme et très pieux, dans un silence impuissant. Aux Blancs, Joveneau donnait fort bien le change.

Bris de mémoire

J’ai un peu connu le père Joveneau. Tous ceux qui prenaient contact avec ces communautés éloignées, sans route y menant, non loin du Labrador, passaient par sa plaque tournante. Il était un mythe vivant, pris là-bas pour un dieu, l’interprète linguistique dont bien des Blancs avaient besoin. Avant d’être journaliste, j’ai travaillé au cours des années 1980 au Conseil attikamek-montagnais, d’où mes incursions sur le territoire.

Le père oblat défendait la cause de ses paroissiens auprès de l’État, tout en les opprimant. Il avait rédigé et publié grammaire, dictionnaire innu-français et publications diverses qu’il nous montrait à Unamen Shipu. Si les monstres étaient tout d’une pièce, chacun les fuirait d’emblée. Celui-là avait une forte personnalité, un bagout, une énergie, un charisme d’enfer. Les films de Perrault aident à mieux saisir les contours complexes des êtres en abus de pouvoir.

Quand des personnes de Pakuashipi sont venues en novembre à la commission d’enquête sur les femmes autochtones raconter le calvaire subi sous son règne, ça m’a coupé le souffle devant ma télé. Des souvenirs refaisaient surface.

Je le revoyais répéter au presbytère son sermon sur le thème « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! », saisissant que l’objet du scandale était le père Joveneau lui-même. Et son cynisme passé m’a donné froid dans le dos.

Me remontait en mémoire « la messe des noyés de l’alcool » à laquelle il m’avait conviée dans son église. Unamen Shipu était un village sec, sans vente de « maudite boisson ». L’office commémorait la mort d’Innus partis en canot-moteur acheter leurs bouteilles à Kegaska, le village voisin ; enivrés sur place, noyés au retour. Ce temple tapissé de fourrures, où les femmes à bonnets et costumes psalmodiaient — sous imprécations en innu avec un fort accent belge du missionnaire —, frappait l’esprit comme lors d’un spectacle son et lumière. Poudre aux yeux !

Au JdeM, sa nièce, dont il aurait abusé, révélait l’alcoolisme du curé qui s’enfilait une bouteille de gin par jour. Comment osait-il faire la morale aux autres sans donner l’exemple ? me suis-je dit, scandalisée, rétrospectivement. On n’en était pas à un abus près. Ses avances m’avaient fait rire venant d’un prêtre. J’aurais dû allumer. L’horreur d’avoir été dupé doit être partagée par bien du monde, avant tout les Innus sous sa coupe, à l’innocence brisée.

Et comment m’enlever de la tête que, si les oblats européens, plutôt que d’offrir un poste de prestige à un homme de son envergure, l’ont jadis expédié (comme d’autres au Grand Nord) « dans les hauteurs du Canada » auprès d’une population sans défense, c’était pour mieux couvrir ses pulsions au mépris des victimes futures ?

Mardi soir, je suis allée à l’Espace libre voir la pièce de Philippe Ducros, Cartographie du territoire, fruit de ses rencontres et déambulations parmi les Premières Nations si abusées. Sur scène, l’Innue Kathia Rock disait : « On a des monstres pour voisins. On les aime. Ils sont nous. Mais je veux des demains. »


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